Apres elections...Retour au calme ?
Posté le 05.03.2008 par lailasamburu
Lu dans : The Wall Street Journal
La violence est alimentée par l'écart de richesse au Kenya
Les violences à caractère ethnique qui déciment le Kenya ont atterré les observateurs internationaux et bon nombre de Kényans. Après plusieurs années de relative accalmie, pourquoi les conflits à caractère tribal ont-ils éclaté avec tant de force?
La croissance économique pourrait être le principal catalyseur de cette violence.
Cette forte croissance économique a avantagé une ethnie au détriment des autres, ranimant ainsi la flamme de l'animosité. Le Kenya est désormais l'un des pays du monde où la disparité au niveau de la distribution des richesses est la plus importante. Les politiciens de l'opposition ont été accusés d'avoir tiré parti de cette disparité, attisant les tensions interethniques au lendemain des élections présidentielles fortement contestées de décembre.
L'écart des richesses au Kenya, et ses politiques tribales de nature délicate, se font sentir partout à l'échelle de l'Afrique subsaharienne. En raison de la flambée des prix du pétrole, des minéraux et autres marchandises, l'économie régionale y a plus que doublé au cours des dix dernières années, révèle le Fonds monétaire international.
Mais cette nouvelle richesse n'a pas profité à tout le monde. Bien que le pourcentage de démunis ait légèrement fléchi dans la région de 1990 à 2004, l'accroissement démographique fait en sorte que le nombre absolu de pauvres demeure inchangé -- se situant à quelque 300 millions, révèle le Rapport de suivi mondial 2007 de la Banque mondiale. Quarante et un pour cent des habitants de l'Afrique subsaharienne vivent toujours avec moins de 1 $US par jour, selon le rapport 2007 sur les Objectifs du millénaire pour le développement des Nations unies.
Laissés pour compte, les démunis de la région se rabattent sur les loyautés tribales et s'en prennent aux classes privilégiées.
Vague de violence
Jusqu'à présent, la vague de violence qui s'est abattue sur le Kenya à la suite des élections présidentielles contestées de décembre a fait près de 1000 morts à Eldoret et ses environs. Cette violence s'est rapidement métamorphosée en affrontements interethniques sanglants opposant les Kalenjins et les Luos, les troupes loyales au candidat de l'opposition Raila Odinga, un Luo, et les Kikuyus, l'ethnie du président Mwai Kibaki.
Les tensions se sont aggravées le 29 janvier après qu'un parlementaire de l'opposition kényane eut été tué par balles à l'extérieur de sa résidence à Nairobi.
Le même jour, MM. Kibaki et Odinga ont rencontré KofiAnnan, l'ancien Secrétaire général des Nations unies, afin d'entamer une médiation. M. Annan s'attend à ce que les parties s'entendent sur une solution à court terme et arrivent à une solution durable d'ici un an.
Tourisme et pétrole
Le conflit a paralysé l'industrie du tourisme kényan, évaluée à 750 millions $US, de même que le secteur agricole, estimé à 2 milliards $US par le gouvernement. Un rapport préparé par la Kenya Association of Manufacturers le 19 janvier, et utilisant les données fournies par ses 600 entreprises membres, estime que l'économie du pays pourrait s'appauvrir de plus de 3 milliards $US, et de quelque 400 000 emplois, au premier semestre de 2008.
Les représentants des États- Unis s'inquiètent car un affrontement politique prolongé pourrait coûter à Washington un allié précieux pour sa campagne antiterroriste américaine menée sur le continent. Le conflit a en outre ébranlé la réputation du Kenya à titre de modèle démocratique au sein d'une région très agitée.
À maints égards, la récente prospérité économique du Kenya a surpassé celle des pays avoisinants. Le produit intérieur brut a doublé pour atteindre 26,4 milliards $US ces cinq dernières années, propulsé par les exportations de thé, de café et d'autres produits agricoles, de même que par le florissant marché touristique.
Des cafés branchés et de magnifiques centres commerciaux à multiples étages ont poussé comme des champignons dans les banlieues feuillues de la capitale Nairobi. La création d'un programme d'éducation scolaire en 2002, gratuit pour les élèves du primaire, permet dorénavant à quelque 90 % de la population d'accéder à ce niveau d'éducation.
L'écart se creuse
Quoi qu'il en soit, le Kenya compte toujours par mi les 10 pays du monde qui présentent les écarts les plus importants en termes de richesses, surpassant le Nigeria et rivalisant de près avec l'Afrique du Sud, révèle une étude réalisée en 2004 par la Société internationale pour le développement, établie à Nairobi.
Selon le rapport, les 10 % les mieux nantis de la population kényane contrôlent près de la moitié des richesses du pays, tandis que les 10 % les plus mal lotis en possèdent moins de 1 %, un écart qui se creuse depuis 1994.
Cette disparité est vivement perçue dans les régions dominées par les Kalenjins, les Luos, les Luhyas et les autres ethnies non Kikuyus. Pendant la période coloniale, les Kikuyus furent fortement favorisés par les Britanniques en partie parce qu'ils s'adaptaient plus rapidement que les autres ethnies à l'économie capitaliste imposée par les règles coloniales.
Après l'indépendance du Kenya en 1963, ils furent soutenus par le président Jomo Kenyatta, un Kikuyu, et dominèrent la scène politique et commerciale à l'échelle du Kenya au cours des prochaines décennies. Ne représentant que 22 % de la population, ils forment le plus important groupe au sein de ce pays comptant plus de 40 différentes ethnies.
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