Mesures draconiennes
Posté le 12.07.2007 par lailasamburu
Kenya: Interdiction de fumer dans les lieux publics à Nairobi
La mairie de Nairobi a interdit à compter à mercredi de fumer dans tous les lieux publics, y compris dans les rues de la capitale kényane.
L'arrêté municipal prohibant le tabac frappe tous les lieux publics sans exception, y compris les bars et les restaurants, a expliqué à la presse le maire de Nairobi, Dick Wathika, qui a promis que ses services allaient faire respecter l'interdiction.
Les contrevenants risquent une amende de 3.000 shillings (45 USD, 33 EUR), ou une peine de six mois de prison.
Nairobi est la troisième ville kényane à interdire de fumer dans les lieux publics, après Nakuru (ouest) et la seconde ville du pays, Mombasa, sur la côte de l'océan Indien.
*********************************
En reaction a ces decisions, j'ai trouve dans la presse cet article, que je publie ci-dessous dans son integralite :
Le Kenya ne plaisante pas avec la loi antitabac
Par Stéphanie Braquehais (Journaliste) 20H38 30/07/2007
Je sens que je fais partie d'une espèce de plus en plus décriée par l'humanité entière, et au Kenya en particulier, un pays qui prend l'allure d'une Suisse punitive fière de ses trottoirs propres et de ses lois liberticides. L'autre jour, au supermarché, je m'apprêtais à ranger des produits dans un sac en plastique et la caissière m'a saisi le bras, d'un air effaré: "Les sacs en plastique sont interdits maintenant… Si on vous trouve dans la rue avec ça, vous pouvez avoir des ennuis avec la police…" "–C'est une blague?"
Non, ce n'était pas une blague. Et je n'étais pas au bout de mes surprises. A la terrasse d'un Java House, ces cafés si appréciés à Nairobi, je buvais une immense tasse de café couleur pisse de chat comme les Kenyans les apprécient tant (héritage dommageable de la colonisation britannique sans doute) en compagnie de quelques amis. Et nous avons allumé quelques cigarettes. C'est alors qu'une serveuse crispée s'est approchée au pas de course et nous a intimé l'ordre de respecter la nouvelle loi votée par le conseil municipal de Nairobi à la mi-juillet.
Désormais, il est interdit de fumer dans les lieux publics dans la capitale kenyane, ainsi qu'à Nakuru, ville située à 150 kilomètres au nord-ouest, et dans la ville portuaire et touristique de Mombasa. Une amie venue me rendre visite de Paris n'en croyait pas ses oreilles. A son arrivée à l'aéroport, elle a allumé la cigarette salvatrice après dix heures d'avion et le chauffeur de taxi l'a regardée affolé. Elle a caché sa cigarette dans la voiture, puis a renoncé à cette hypocrisie quand elle a aperçu deux flics inspecter la voiture du taxi, une cigarette à la main.
Des tactiques pour contourner la loi
Lieux publics… tout est en effet question d'interprétation. Car selon les textes, m'apprend Jennifer Kimani, coordinatrice de l'organisme gouvernemental Nacada (campagne contre l'abus de drogues au Kenya), les cigarettes sont prohibées dans n'importe quel lieu où se trouverait un non-fumeur. Bigre. Cela signifie-t-il que, dans ma propre maison, je dois m'abstenir d'exercer mon droit au cancer du poumon? Exact, y compris dans ta propre bagnole si les fenêtres sont ouvertes, me répond-elle le visage grave tel le juge devant l'accusé. Désormais, dans les cafés, je m'installe près du muret sur lequel je pose mon bras. La cigarette est située en dehors du périmètre du café et les serveuses ne peuvent plus rien me dire… Hi, hi.
D'autres fumeurs ont d'autres tactiques pour contourner la loi. Jennifer Kimani confie que la lecture récente d'articles de journaux l'a bien fait rire. "Il paraît même que les gens fument dans les toilettes publiques… Vous vous rendez compte? Ils se cachent pour échapper à la police." Lorsque la ville de Nakuru a inauguré la prohibition de la cigarette, les journalistes se sont précipités pour prendre le pouls de certains consommateurs invétérés. Cela a donné des histoires un peu absurdes, et les toilettes, qualifiées de nouveau bastion des fumeurs, ont fait la Une de certains journaux.
Aujourd'hui, en me promenant dans le centre-ville, j'ai soudain remarqué une foule de gens, sur un trottoir, tirant furieusement sur leurs tiges de tabac des lampées de nicotine, comme un défi à la désintoxication imposée par les autorités municipales. Planté au milieu du trottoir, un panneau flambant neuf intitulé "Smoking area". Ah finalement, il y en a des espaces réservés pour les anarchistes…
En interrogeant quelques quidams non fumeurs, qui ont donc hérité, si je comprends bien la loi, de tous les autres trottoirs, certains se réjouissent: "Moi je ne fume pas et je pense que cette loi est vraiment bienvenue, parce que vous voyez, la plupart des fumeurs sont vraiment indisciplinés. Ils arrivent dans un espace public, un restaurant par exemple, et répandent leur fumée partout." "La fumée de cigarette était mauvaise pour notre santé, je suis vraiment très content de cette nouvelle loi." D'autres se montrent plus circonspects.
Un homme en costume noir affiche un sourire ironique quand je lui demande: "Vous fumez?" D'un geste, il fouille dans la poche avant de sa chemise, il en sort un paquet à moitié vide. Puis, il se lance dans une diatribe. "Quand je traverse les rues du centre-ville, j'ai l'impression de respirer des fumées noires sans interruption. Ils me font bien rire avec leur loi sur les clopes… Ils feraient mieux de s'occuper de faire changer les pots d'échappement vétustes, les filtres à gasoil, imposer des vidanges à tous les propriétaires de voitures, aux taxis, et aux matatus (bus kenyans)." Mauvaise foi caractéristique du fumeur? Mon interlocuteur a tout de même raison sur un point: Nairobi est l'une des villes les plus polluées d'Afrique. Véhicules mal entretenus, anciens modèles, et aucun contrôle anti-pollution. "On parle de santé publique alors que nos poumons s'encrassent dès qu'on marche dans la rue, poursuit-il. Il n'y a pas besoin de cigarettes pour s'inquiéter des effets de la pollution…"
En tous cas, si un policier vous arrête une cigarette à la main, vous êtes passible d'une amende de 2000 shillings kenyan (environ 25 euros) ou alors d'une peine de prison de six mois. C'est là que les fumeurs enragent. "Un policier se grisait déjà à l'idée de t'arrêter dans ta voiture pour te demander ton carnet de vaccination ou n'importe quoi d'autre pour te soutirer de l'argent, soupire un gros fumeur. Maintenant, cette histoire de tabac va lui donner les coudées franches pour demander encore plus d'argent 'pour le thé'."
Pressions des fabricants
Au bout de quelques jours, les gens ont tellement râlé que le conseil municipal a décidé d'une période transitoire où les restrictions seraient assouplies. On peut encore fumer dans les quelques bars qui n'ont pas jeté les cendriers aux oubliettes, et sur cette histoire de sacs en plastique, l'application de la loi a duré deux jours et les gens ont repris leurs vieilles habitudes. Au niveau national, la loi antitabac n'a jamais pu être appliquée. En 2006, La Haute Cour avait suspendu l'application de la loi introduite par le gouvernement après un recours des industriels du tabac. Selon cette loi, les avertissements légaux alléchants du genre "fumer tue" ou "fumer bouche les artères et provoque des crises cardiaques et des attaques cérébrales" devaient occuper la moitié de l'espace du paquet de cigarettes. Les industriels ont argué du temps trop court qui leur était imparti pour se conformer à la loi.
Des mauvaises langues ont aussi affirmé que certains députés n'ont pas dédaigné de petits arrangements financiers avec la British American Tobacco, soupçonnée d'avoir graissé la patte à plusieurs responsables politiques, pour éviter qu'un vote fatal ne signe la fin d'un commerce insolemment fructueux. J'ai demandé un rendez-vous à l'attaché de communication de la British American Tobacco et personne n'a jamais donné suite à mes demandes d'interviews…
D'un certain côté, une loi sur le tabac est plutôt le signe d'une avancée, de prise de conscience des problématiques de la santé publique. Les Kenyans fument 7 millions de cigarettes par an. 12000 Kenyans meurent chaque année des conséquences du tabac, selon le ministère de la Santé. Un paquet coûte en moyenne 120 shillings, environ 1,50 euro… Soit quatre fois moins cher qu'en France. Ramené au niveau de vie, évidemment, le prix ne devient concurrentiel que pour des expatriés dans mon genre. Au Kenya, il y a aussi 30000 cultivateurs de tabac, produisant 20000 tonnes par année, qui s'inquiètent des conséquences de telles restrictions sur leurs revenus. Il est vrai qu'en Afrique, les sociétés de tabac ne se privent pas de mener des campagnes publicitaires agressives, en l'absence d'une loi, comme celles que l'on connaît désormais en Europe. Le marché des pauvres est en effet assez rémunérateur.
"Finalement, il faut avouer que le tabac n'est vraiment pas notre premier souci… soupire la coordinatrice de Nacada. Trafic de cocaïne et d'héroïne, alcool illicite, appelé shanga'a, dans lequel des commerçants peu scrupuleux rajoutent du méthanol ou de l'huile de moteur de voiture. Un commerce plus que rentable, qui s'effectue sous le nez et avec la bénédiction des policiers et de certains politiciens." En voilà un beau combat. Mais impossible à mener sans s'attirer les foudres de personnalités politiques au bras long.
--
:: Poster un commentaire
:: Les commentaires des internautes
cela me fait rigoler
Posté par
jarnoux le 07.07.2008
Je suis contente d'apprendre que les kenyens préfèrent de mourir de leur guerres ethniques que du tabac (ma mère est décédée à 87 ans. Elle fumait toujours).
N'empêche que c'est très agréable, j'ai 6 H d'attente dans ce foutu aéroport.
Lien vers mon blogdommage
Posté par
Hélas ! le 22.07.2008
Quelle tristesse
Lien vers mon blogFUMER A L AEROPORT DE NAIROBI
Posté par
alarun le 30.07.2008
Un petit mot pour témoigner de ce qui m'est arrivé hier à l'aéroport de Nairobi. J' étais en transit ( 7h d'attente), j'ai eu envi de m'en griller une petite en apercevant un anglais qui fumait discrètement dans un coin, je savais que c'était interdit ... un agent de la propreté de l'aéroport ns a conseillé de ne pas recommencer mais qu'on pouvait la finir, ce qu'on a fait avant qu'un policier ne ns tombe dessus. Réquisition des passeports, il nous signale qu'on ne prendra pas l'avion aujourd'hui et ns demande de le suivre jusqu'au poste de police. Ns serons jugé demain au tribunal. On le suit tous les 2, très inquiets et un peu déboussolé, avant de lui proposé de l'argent pr qu'on en reste la. C'est exactement ce qu’il voulait. Il nous a conduit discrètement dans un des ss sol de l'aéroport pour nous rendre notre passeport contre 10 000 shilling chacun. J'ai 2 questions. 1) Quelle conduite adopter lorsqu'on se fait arrêté ds un pays dt on ne connait pas la loi ? Ds ce cas précis, le policier ne nous a jamais signalé qu'on devait payer une amende de 2000 shilling ds le droit kenyan, on a payé 5 fois plus. 2) Dans une zone de transit, les droits du pays s'appliquent-ils ? Merci d'avance pour vos réponse.